Exil forcé

Publié le par Mouloud Akkouche

Contraint de quitter mon pays. La vie est devenue impossible ici. Je suis obligé de partir. Pourtant, j’aime tellement ma patrie. Ses habitants, ses paysages, sa culture, sa gastronomie… Je les ai dans la peau. Une patrie qui méritait beaucoup mieux que ce qui lui arrive. Tant de choses que je vais laisser derrière moi. S'exiler, rompre avec ses racines, est très difficile. Une grande déchirure.

Le départ est prévu demain matin. Je pars avec ma femme et mes deux enfants. Eux-aussi très tristes. Surtout ma fille, adolescente, qui prend très mal notre exil. Un soir, je l’ai surprise en train de pleurer. Papa, faut pas qu’on parte. Je lui ai parlé un long moment pour lui expliquer et la rassurer. Elle a fini par comprendre que nous n'avions plus le choix. La seule solution.

Toute la famille malheureuse de quitter ce quartier où nous avions nos habitudes. Notre installation remonte à un quart de siècle. Je me souviens comme si c'était hier de notre arrivée un matin de printemps. Tout sera à refaire. Reconstruire une nouvelle vie. Pas facile mais on y parviendra. Nous ne sommes pas les premiers exilés.

Depuis leur arrivée au pouvoir, tout a changé très vite. La situation est aujourd'hui épouvantable. De pire en pire. Nous ne sommes pas les seuls à nous exiler. D’autres sont déjà partis. Comment faire autrement que fuir notre patrie ? Pas d’autre solution que de s’enfuir quand on a le couteau sous la gorge. Nos gouvernants sont responsables de la catastrophe que nous vivons. Ce sont eux qui ont complètement pourri notre pays. Et nous obligent à fuir.

L’air du soir est agréable. Je m’assois dans le jardin. Le soleil se couche sur la ville. Ses rues et ses ruelles vont me manquer. Surtout le vieux quartier et le grand parc où j’aimais me promener. Dès les beaux jours, j’allais y lire mon journal. Plus en contrebas, l’école des enfants. Ils pouvaient s’y rendre à pieds. Nous regretterons notre belle ville. J’ai le cœur noué. Jamais aimé les départs.

Moi, je préfère rester ici et continuer de me battre. C’est un ami qui m’a dit ça la semaine dernière. Lui pense que j’ai tort de quitter le pays. Sans doute doit-il se dire que je suis un lâche. Peut-être. Mais lui, il vit seul, sans enfants à charge. Sans mes responsabilités. Pas les mêmes enjeux pour mon ami. En plus, il est jeune. Moi, je n’ai plus l’énergie pour continuer de me battre. Ils m’ont usé jusqu’à l’os. J’ai déjà trop donné.

Marre de payer autant d’impôts !

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