Ami(e)s, levons nos rêves à Paris l'insoumise !

Publié le par Mouloud Akkouche

« Je préfère le vin d’ici à l’eau de là. » Francis Blanche

Deux jours interminables pour les vivants depuis ce vendredi meurtrier. L’éternité pour nombre de ces visages, chargés de vie sur leurs photos, circulant sur le Net. Des fantômes sur la toile. Une espèce d’immortalité virtuelle comme résistant aux crocs de la mort. Ce ballet de photos était l’horreur pour les parents et les proches bouffés d’anxiété, les yeux rivés sur un écran de PC ou de Smartphone. La ronde incessante de regards et de sourires de jeunes, pour la plupart heureux de vivre. Une terrible quête pour leurs proches. Pourvu que ma fille, mon fils, ma copine, mon copain… Combien de doigts croisés et de prières- religieuses ou pas ? Certains, pour anticiper, ayant déjà opté pour le pire. D’autres, irréductibles optimistes, continuaient d’espérer. Au fil des minutes interminables, des tweet s’égrenaient de plus en plus avec la mention : décédé. Des avis de décès en temps réel « quasi irréels » auquel on a du mal à croire. Impossible que ce regard qui vous fixe soit éteint à jamais. Fosse commune numérique avec des visages et des noms d’anonymes. Anonymes pas pour leurs proches avides de nouvelles. Coincés sur le fil sombre de l’attente.

L’œil rivé à l’écran, on a la sale impression de pénétrer du regard dans la zone de douleur et deuil intime d’inconnus. Planqué à l'abri de nos écrans. Se mettre à croiser les doigts avec des gens dont on ne connait que le nom affiché sur un tweet. Comment sortir de cette espèce de voyeurisme ? Se sentir moins impuissant? Etre utile à quelque chose. Que faire ? A part espérer avec eux. Nombre de ces jeunes, jolies gueules de filles et de gars d’aujourd’hui, ne se relèveront plus. Indéniable que les assoiffés sanguinaires ont réussi leur opération commando en coupant toutes ces existences pleines d'avenir. Des victimes n’ayant qu’un tort : être vivant. Eux pas du tout enclins à se faire exploser. A part de rires.

Indéniables que les barbares, « fachislamiques », ont gagné ce week-end en emportant tant de vies et blessant les autres. Pourquoi déranger la langue apprise dans les écoles publiques de la République ? D’autres expressions engrangées dans la rue, des propos plus fleuries, vulgaires pour d’aucuns, remontent à la surface en pensant à ces… des enculés. De jeunes enculés. Rien d’autre que des frustrés ne jouissant qu’avec les cris de peur et avec l’odeur de la mort. Pour ces impuissants du cœur, du cerveau, et de tout le reste, la religion est devenue leur Viagra. Sans elle, ils ne peuvent pas bander. Lamentables connards. Des hommes comme ça j’en chie tous les matins, disait mon daron quand il était en colère. Notamment les rares fois où des intégristes, quelques-uns de l’âge de ses petits-enfants, l’exhortaient à cesser de boire. 90 piges que je suis en relation direct avec le Bon Dieu dans le ciel. J’ai de comptes à régler qu’avec lui. Sers moi un verre, le fiston. A sa mort, nous avions terminé son paquet de Gauloises brunes sans filtre et sa dernière bouteille. Mohamed, un cousin et pote de comptoir de mon daron, m’avait demandé un service : peux-tu me donner son ouvre-bouteille ? Il avait les yeux embués de larmes en prenant religieusement cet outil très usé. Le cousin était aussi un prolo qui croyait en Dieu mais ne crachait pas non plus sur un bon rosé bien frais. Au fond, le Dieu, le plus proche de ces immigrés, galopait le dimanche dans la cinquième à Vincennes. Le tiercé est grand quand il rapporte. Autre temps, autres mœurs. Ces jeunes connards ne méritent que la cuvette des chiottes de l’humanité. En espérant qu'elles ne soient pas bouchées par leur connerie.

Encore trop près de l’émotion brute pour approfondir, tenter de revenir à une quelconque élégance et subtilité. Sûrement parfois très nul dans mes réactions à chaud. Comme peut-être d'autres concitoyens plongés dans une colère à peine entamée, les larmes au bord des paupières, à échanger sur le Net ou face à face, les manifs, les bougies… Peu à peu, toutes ces émotion partagés s’effaceront pour -fort heureusement-laisser place à la vie. Effacement sûrement plus rapide pour ceux qui, comme moi, n’ont pas été touchés directement dans leur chair. Pour les milliers d’autres ayant perdu un proche, l’éternité de leur douleur se conjuguera avec celle de l’absence de l’être cher. Faire le deuil ne signifie pas la fin de la douleur. Juste que la vie continue de toquer chaque seconde à la porte de la poitrine. Une existence amputée et baignée d’une irrépressible tristesse. Parfois mêlée de haine.

Certains membres des familles et des amis des victimes, peut-être très tolérants et lucides, pour la mixité totale, ne pourront s’empêcher en croisant un basané de penser à « leur mort » de ce vendredi 13. Peut-être même un accès de haine incontrôlable ou pas. Ce moment du regard public où les terroristes auront gagné : diviser et créer du délit de faciès, même chez ses ardents détracteurs. Demain, dans le XI ème à Paris ou ailleurs, les échanges non verbaux ne seront plus tout à fait comme avant. Rien de plus normal, humain, que ce réflexe irraisonné. La douleur peut-faire chuter les défenses immunitaires de l’esprit. Même pas peur ! Un slogan cathartique pour camoufler sa peur ou bravade ? Chapeau car la trouille est entrée dans Paris et nos vies au quotidien. Moi, j’ai la trouille. Trouille pour mes proches et ce pays qui méritent beaucoup mieux que cette haine obscurantiste. La rue ne sera plus tout à fait la même. Un pétard de gosse en écho à d’autres explosions dans la mémoire du passant. Avec ma gueule de djihadiste, de terroriste syrien… Loin, très loin la poésie de la chanson de Georges Moustaki. Un climat de merde et d’anxiété à tous les étages de France. Seuls les terroristes et les apôtres de la race blanche auront gagné avec ce bain de sang. Tous les docteur es division, se repaissant plus ou moins insidieusement de la boue humaine, bénéficient de cette loterie sanglante dans les rues de Paris. Belle opération pour les ordures. Une loterie qui a détruit des centaines de vies. Tous ces jeunes morts trop tôt. Sacrifiés pour un Dieu ne payant jamais sa tournée. Et dont les pitbulls se réclamant de lui laissent des ardoises de sang. L’addition toujours pour ceux qui restent.

Tous cette jeunesse assassiné manquera dans les quartiers où ils vivaient ou fréquentaient épisodiquement. Plus personne n’entendra leurs mots joyeux, amoureux, bienveillants, malveillants, subtils, idiots, futiles… Ce tapage nocturne et joyeux bordel des djeunes qui fait l’âme de Paname et d'autres villes. Leur jeunesse insouciante figée dans un texto ; « ça va » jamais parti une nuit de novembre. De l’autre côté de l’écran du téléphone, des centaines de parents, frères et sœurs, dans l’attente d’une réponse, suspendus au bon vouloir de la « roulette islamique ». Loterie, roulette… Hasard est un mot d'origine arabe : une langue et une civilisation souillées par des lâches. Vendredi, des textos inquiets adressés à de jeunes citoyens en « pleine joie » resteront sans réponse. Le silence des morts, les blessures des rescapés. Plus toutes les douleurs invisibles. Tous les habitants de ce pays, touchés directement ou pas, ont l’impression de marcher de traviole depuis vendredi. Super fragilisés. Le pays tout entier aura du mal a retrouver l’usage de ses jambes. Chaque acte barbare nécessite une sorte de « kiné collective » pour au moins tenter de revivre-le moins mal possible – ensemble. Ne pas laisser la place à la haine et la connerie. Un genou à terre, pas le cœur et le cerveau. Se redresser.

Que rajouter ? Après la sidération, Paris continuera de s’éveiller à 5 heures du mat et d’avoir des frissons. Les parisiens reprendront le métro-boulot-dodo. Toujours autant d'embouteillages en IDF. A propos de circulation; de l’autre côté du pérife de l'Est-Parisien, l’une des voitures des terroristes a été retrouvée à Montreuil. Près d’une piscine municipale où des générations de gosses ont appris à nager et de bars aussi festifs que ceux du XI ième. Le regretté Schulz, irréductible punk, y jouait souvent. Un quartier avec quelques iconoclastes bardés d’autodérision et d’un « No futur » personnel infligé à personne. Dans cette ville, il y a une rue « Nouvelle France ». C’est elle que les terroristes ont tenté d’abattre. Cette Nouvelle France : terre d’accueil et de brassage de populations. Pas le paradis mais, sans aucun doute, plus sympathique d’y vivre que dans de nombreux autres pays. La France Monde au coin de sa rue. Patrie immortelle des droits de l’homme. Et de la joie de vivre.

Une joie que, malgré la mort qui rode, nous devons essayer de vivre et de transmettre aux générations suivantes. Soyons heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple, écrivait Jacques Prévert. Continuons donc d’une certaine manière la soirée brutalement interrompue de tous ces jeunes de Paris et d’ailleurs. Ne laissons pas le bruit des kalaches rythmer notre présent et devenir la musique de demain. Du présent faisons terrasse. Patron, c’est ma tournée ! Continuons de refaire le monde. Même si certains matins, il est pire que quand on l’a laissé en sortant du bar. Pas grave. Demain est un autre voyage.

Bientôt la journée du Beaujolais nouveau. A une époque, Jean-Bernard Pouy, auteur de romans noirs, dont « Le Bar parfait », proposait de créer une journée du Boulaoune nouveau. Quel pied de nez ce serait à ces frustrés et impuissants obligés de consommer la religion comme du Viagra. De jeunes branleurs amers, incapables de bander sans une kalache entre les mains, losers sur terre espérant séduire des vierges dans l’au-delà. Des peines à jouir jaloux du plaisir des autres. Ces connards n’auront pas la peau de Paname. Ni du reste du pays et de la planète. Paris sera toujours PaRires ! Boulaoune, Beaujolais, pétard, bière, thé, Badoit, rhum arrangé… Pourquoi pas - si ce n’est pas déjà fait- un cocktail Paris Libre pour se marrer et trinquer. Sale temps pour la beauté ; pas une raison de se laisser bouffer par la morosité. A chacun sa manière de niquer l’amer. Se sentir vivant. Et jouir de la vie.

A Paris l'insoumise !

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